Science, technologie et innovation : 5 conclusions clés de l’édition 2021 des Perspectives de l’OCDE

L’OCDE vient de publier l’édition 2021 des Perspectives de l’OCDE sur la science, la technologie et l’innovation. On y découvre les principales tendances de la politique de la science, de la technologie et de l’innovation (STI) dans les pays de l’OCDE et dans plusieurs grandes économies partenaires.

Les Perspectives de cette année tombent à point nommé, alors que les pays du monde entier continuent de lutter contre la pandémie de COVID-19 et la crise socio-économique qu’elle a déclenchée. Les systèmes de recherche et d’innovation ont joué un rôle clé dans ces efforts : ils ont permis de mieux comprendre le virus et sa transmission, et contribué au développement rapide de candidats-vaccins. Mais la crise a également poussé ces systèmes jusqu’à leurs limites, révélant des lacunes qu’il faudra combler pour relever les futurs défis mondiaux.

En effet, le COVID-19 a sans aucun doute joué un rôle de catalyseur en accélérant la collaboration internationale en matière de STI, le libre accès aux résultats de la recherche et l’utilisation des outils numériques, entre autres. Mais il fait aussi office de signal d’alarme : il souligne combien il faut repenser les politiques STI et les réorienter pour qu’elles soient en prise avec les défis à venir, que ce soit en termes de durabilité, d’inclusivité ou de résilience.

Voici les cinq conclusions clés du nouveau rapport Science, technologie et innovation : Perspectives de l’OCDE 2021.

La réponse des systèmes STI à la crise du COVID-19 a été décisive, rapide et massive – à la fois dans les secteurs public et privé.

Face à la pandémie de COVID-19, les gouvernements ont été prompts à financer les efforts de recherche et d’innovation déployés à grande échelle. Au cours des premiers mois de la pandémie, les organismes nationaux de financement de la recherche ont consacré, à l’échelle mondiale, quelque 5 milliards USD au financement d’urgence de la R-D liée au COVID-19. Sur ce montant, environ 300 millions USD ont été alloués en Asie-Pacifique (hors République populaire de Chine, ci-après dénommée la « Chine »), plus de 850 millions USD en Europe, et plus de 3.5 milliards USD en Amérique du Nord. Pendant cette période, les fondations à but philanthropique ont affecté au moins 550 millions USD à la recherche sur le COVID-19, en sus de leurs engagements de contributions à de grands programmes de coopération internationale.

Au même moment, la pandémie a donné lieu à une mobilisation sans précédent de la communauté scientifique.

On compte environ 75 000 publications scientifiques sur le COVID-19 entre janvier et novembre 2020. Plus des trois quarts de l’ensemble des publications sont en libre accès, contre moins de la moitié dans les autres domaines biomédicaux. La majeure partie a été publiée aux États-Unis ; suivent la Chine et le Royaume-Uni.

La réponse à la pandémie de COVID-19 dans les domaines de la recherche et de l’innovation a été essentiellement internationale.

La réponse à la pandémie de COVID-19 dans les domaines de la science et de l’innovation est le fruit d’une conjugaison d’efforts nationaux et internationaux. À août 2020, on comptabilisait environ 2 milliards USD (publics et privés) d’engagements en faveur d’efforts de recherche à l’échelle internationale, et la plupart visaient la mise au point de vaccins contre le COVID-19. Environ un quart des publications sur le COVID-19 ont été rédigées en collaboration avec des chercheurs basés dans un pays tiers, ce qui montre leur fort engagement dans la collaboration internationale. Les autres pays affichant un nombre élevé de collaborations internationales en matière de recherche sur le COVID-19 sont le Royaume-Uni, l’Allemagne, la France, l’Italie, l’Australie, le Canada et l’Inde.

Les réponses à la crise ont mis à profit le potentiel innovant des entreprises.

Le secteur privé a apporté une large palette de solutions innovantes pour aider à lutter contre l’urgence sanitaire et en sortir aussi fort que possible. De nombreuses entreprises ont déployé des technologies numériques ou étendu leur utilisation pour poursuivre leurs activités. Le secteur biopharmaceutique, souvent en partenariat avec des universitaires, a joué un rôle particulièrement important en lançant des centaines d’essais cliniques sur des médicaments et des vaccins contre le COVID-19.

Mais les activités de recherche et d’innovation des entreprises ont été inégalement frappées par la crise.

Les investissements agrégés des entreprises en faveur de la recherche et de l’innovation suivent l’évolution du cycle économique ; ils tendent par conséquent à se contracter en période de crise. Pour autant, celle qui sévit actuellement pourrait être différente, certaines des entreprises qui affichent les dépenses de R-D les plus élevées semblant étendre leurs activités en la matière. Dans les secteurs numérique et pharmaceutique notamment, des entreprises ont prospéré durant la crise, augmentant leurs investissements de R-D, tandis que dans d’autres, comme l’automobile, l’aérospatiale ou la défense, les grandes entreprises ont réduit leurs dépenses de R-D.

À l’avenir, les politiques STI devraient être repensées de manière à affronter les défis en termes de durabilité, d’inclusivité et de résilience.

Pour de nombreux gouvernements, la pandémie sonne comme un rappel brutal de la nécessité d’amorcer une transition vers des sociétés plus durables, équitables et résilientes. Ce phénomène transparaît dans les programmes de relance de la plupart des pays, qui prévoient des dépenses de R-D. Pour affronter les défis mondiaux, l’action des pouvoirs publics doit être en mesure d’orienter les efforts d’innovation vers les domaines où les besoins sont les plus impérieux. Avec la prolifération et la générosité croissante des aides fiscales en faveur de la R-D dans les pays de l’OCDE et les économies partenaires au cours des dernières décennies, les incitations fiscales tendent à occuper une place plus importante que les instruments d’aide directe dans la panoplie de mesures de soutien à la R-D des entreprises. Dans les pays de l’OCDE, les aides fiscales représentaient en 2018 environ 56 % du volume total de l’aide publique, contre 36 % en 2006. Si les aides fiscales à la R-D incitent bel et bien les entreprises à innover, elles n’en restent pas moins indirectes et non ciblées, et tendent à favoriser les innovations incrémentales. Des mesures directes bien conçues (contrats, subventions et marchés) en faveur de la R-D seraient davantage à même de soutenir la recherche à plus long terme présentant un risque élevé et de cibler les innovations donnant lieu à la production de biens collectifs  ou recélant un fort potentiel en termes d’externalités de connaissances.

La pandémie touchant l’ensemble de la planète, elle exige des solutions mondiales fondées sur la coopération et la collaboration internationales. Aucun pays ne saurait vaincre à lui seul le COVID-19. Nombre de facteurs d’incertitude perdureront au cours des mois et des années à venir. Ils façonneront les menaces qui pèsent sur les systèmes de recherche et d’innovation et la contribution que ces systèmes pourront apporter à la gestion des grands défis de nos sociétés.

Le cadre des Perspectives STI pour la gestion des principaux facteurs d’incertitude peut permettre aux décideurs politiques de suivre de façon systématique l’évolution de la crise actuelle et son impact sur les politiques STI. Conjugué à une surveillance régulière fondée sur des indicateurs, un tel cadre peut faire office de système d’alerte précoce à même avertir les décideurs des évolutions qui se profilent. Il leur permet en outre de garder un œil sur les scénarios et les résultats alternatifs qu’ils peuvent viser ou, au contraire, souhaitent éviter. Les Perspectives STI de l’OCDE exposent des données probantes et des analyses ayant vocation à aider les décideurs à soupeser les solutions qui s’offrent à eux en vue d’affronter la crise et de saisir les opportunités qui se font jour, pendant la crise du COVID-19 et au-delà.

Références

OCDE (2021), Science, technologie et innovation : Perspectives de l’OCDE 2021 (version abrégée): Affronter la crise et saisir les opportunités, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/1a6d0f4c-fr. (À paraître)

Voir aussi notre page consacrée à cette publication : http://www.oecd.org/fr/sti/science-technologie-et-innovation-perspectives-de-l-ocde-25186175.htm

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